zériézékiri a écrit:
Tu es moi...
Lecteur, formule une réponse pour moi.
Une réponse simple:
... Car tu es le monde.Une réponse simple, au panache lourd. Une réponse simple, aux conséquences inextricables.
Le monde t'a regardé naître, lorsque, fragile oeuvre argileuse, tes braillements étaient ta seule arme contre lui et ta seule alliance avec lui. Le monde 'a regardé ramper, marcher, grandir aux côtés de ses enfants et des êtres invisibles, le monde t'a forgé. Le monde, patient, a vu dans tes yeux la magnifique promesse que tu lui réservais. Le monde a eu confiance en toi, car il préparait depuis ton premier cri ces instants pleins que tu partages avec nous. La perfection d'un instant ne réside pas en lui-même, mais en tout le processus qui aboutit à lui. Un moment n'est pas parfait parceque l'air souffle d'une certaine façon, il n'est pas parfait grâce un quelconque sentiment de plénitude, d'harmonie, de reconnaissance ou de béatitude, mais un il est parfait grâce à tous les instants qui l'ont précédé et ont concouru à le générer. Que seraaient ces moments, s'ils n'étaient empreints d'histoire? Que serions-nous, si nous étions autre chose que des processus, pensant et doutant certes, mais tout aussi parfaits?
Et maintenant, le monde s'incarne en toi. Oui, tu es le monde, car tu es son instanciation. Tu es le monde, car le monde s'incarne en chacune de ses oeuvres. Oui, la plume est l'écriture, car la perfection d'un âlif réside dans l'essence du khâlam qui l'instancie. Plumes et calligraphies, pinceaux et peintures, Créateur et oeuvres, indissociables entités.
Oui, tu es le monde, car le monde a besoin de toi. Tu es celui qui chante sa condition, et qui fait vivre la condition du monde. Tu es celui qui révèle aux oeuvres leur condition d'opus accomplis. Je suis toi, car tu me fait vivre à travers ta peinture. Nous sommes toi, car l'homme ne saurait être homme s'il ne se savait homme, et tu es le scribe et le hérault de ce savoir. Nous sommes toi, car rien de ce qui nous décrit ne nous est étranger, tout ce qui nous touche partage notre condition. Le monde est toi, ar tu le remplis si bien, tu remplis si bien ce moment présent, ainsi que tous les autres moments qui l'ont précédé.
Et maintenant, le monde te demande d'être lui, pour toujours. Il te dit que tu lui dois bien cela. Le monde n'est pas usurier, mais rien ne devrait se perdre. Un tel talent qu'il a contribué à forger, à murir et à diffuser ne devrait pas se cantonner dans les arcanes de la pronominalité. Le monde attend de toi de l'action, car le monde ne saurait rien faire sans toi. Comme disait Brecht, "que seraient nos bons sentiments, si rien n'en paraissait au dehors?". Comme dirait Kant, tu es soumis à ton impératif catégorique, à ton devoir d'incarnation du monde. Tu es le monde, oui, et le monde n'a d'autre arme que toi et tous ceux que tu es. Prend ton sabre d'immortel, drape-toi de ton linceul raturé de hiéroglyphes, et pars à l'assaut des déviations éternelles. Le juste, le vertueux ne sont pas, à toi de les inventer, à toi de les ressusciter, à toi de les incarner.
Oui, tu es le monde. Et ce monde mourra si tes bras se baissent.